Legs politique et intellectuel
Herriot a incarné à la fois les grandeurs de la IIIe République – l’école, la laïcité, le parlementarisme, l’investissement municipal – et ses limites. C’est cette complexité que le Cercle veut faire connaître.
Un legs politique
La ville comme service public
Avec l’architecte Tony Garnier, Herriot a transformé Lyon : abattoirs et marché aux bestiaux de la Mouche à Gerland (aujourd’hui halle Tony Garnier), hôpital de Grange-Blanche (devenu hôpital Édouard-Herriot en 1935), stade municipal de Gerland, quartier des États-Unis. S’y ajoutent écoles, crèches, internats municipaux, habitations à bon marché – l’Office municipal fondé en 1920 construit environ 4 400 logements avant 1939 – et la Foire de Lyon, créée en 1916. Ces équipements forment une politique : soigner, loger, instruire, faire du sport. Voir la biographie.
L’école unique
Ministre de l’Instruction publique de 1926 à 1928, Herriot engage la gratuité de l’enseignement secondaire : la loi de finances du 27 décembre 1927 l’instaure à partir de 1928 dans une partie des établissements, avant sa généralisation, classe après classe, de 1930 à 1933. Le lycée gratuit, que nous tenons pour une évidence, a une histoire ; Herriot en est l’un des auteurs.
La République parlementaire et le radicalisme
Président du Parti radical pendant plus de trente-cinq ans, trois fois président du Conseil, président de la Chambre puis de l’Assemblée nationale, Herriot a défendu le régime parlementaire jusque sous la IVe République. En 1951, Léon Martinaud-Déplat résume l’aura du personnage : « Cet homme, c’est la République en personne ! » La place du Parlement, le rôle du maire, la laïcité, l’école : son radicalisme demeure une question posée à la République d’aujourd’hui.
L’Europe
En janvier 1925, président du Conseil, Herriot se déclare partisan des « États-Unis d’Europe » ; en 1930, il publie Europe. Le même homme combat, le 30 août 1954, la Communauté européenne de défense, qu’il jugeait incompatible avec la souveraineté française. Cette trajectoire n’est pas une contradiction à cacher, mais un débat à ouvrir.
Un legs intellectuel
Normalien, agrégé de lettres, Herriot laisse plus d’une quarantaine de volumes : histoire littéraire (Madame Récamier et ses amis, 1904 ; Précis de l’histoire des lettres françaises, 1905), biographie musicale (La Vie de Beethoven, 1929), histoire (Lyon n’est plus, 1937-1940), mémoires (Jadis, 1948-1952). Élu à l’Académie française en 1946, il est décrit par la Bibliothèque municipale de Lyon comme « l’instigateur de la politique culturelle lyonnaise durant cinquante ans ». Voir l’œuvre.
Un héritage discuté
Honorer n’est pas absoudre. Le voyage en Union soviétique de 1933 et la négation de la Grande Famine en Ukraine, l’abstention du 10 juillet 1940 et les limites de la « résistance légale », la mise en garde de 1946 contre une rédaction trop libérale du titre consacré à l’Union française, le système politique municipal de l’« herriotisme » : ces zones d’ombre ne diminuent pas l’œuvre, elles la rendent intelligible.
Lieux de mémoire
Deux lieux lyonnais accueillent chaque année l’hommage du Cercle à Édouard Herriot, le 26 mars, anniversaire de sa mort, et le 5 juillet, anniversaire de sa naissance. Sa ville natale, Troyes, conserve aussi sa trace.




À Lyon
- Sa tombe au cimetière de Loyasse (Lyon 5e), adossée au mur d’enceinte dans l’angle droit du cimetière, à quelques mètres de l’entrée : un monument élevé par la Ville de Lyon sur les plans de Louis Weckerlin, architecte en chef de la Ville, orné d’un portrait d’Herriot sculpté en haut-relief par Georges Salendre dans la pierre de Pouillenay. Le graveur Jean-Claude Lamborot y a inscrit son nom, ses dates et ses titres : « Maire de Lyon de 1905 à 1957, président d’honneur de l’Assemblée nationale, ancien président du Conseil, membre de l’Académie française ». Le monument a été inauguré le 2 novembre 1958 par Louis Pradel, son successeur à la mairie.
- Le monument du square Jussieu (Lyon 3e), lieu de l’hommage annuel du Cercle : un buste d’Herriot par le sculpteur André Tajana, dressé sur un socle conçu par les architectes Martel, Weckerlin et Charlet (1968-1970). Le socle porte l’inscription « Édouard Herriot, 1872-1957, maire de Lyon, 1905-1957, homme d’État, membre de l’Académie française ». Il a été inauguré le 21 mars 1970, à l’approche du treizième anniversaire de sa mort.
- Le buste de l’hôpital Édouard-Herriot, place d’Arsonval, face à l’entrée principale : un buste engainé en calcaire commandé au sculpteur Georges Salendre pour le centenaire de sa naissance et inauguré le 5 juillet 1972.
À Troyes, sa ville natale
- Sa maison natale, 28 place Jean-Jaurès, porte une plaque commémorative apposée en 1952, lors de la manifestation organisée pour ses 80 ans.
- Une stèle à sa mémoire se dresse dans le square Édouard-Herriot, au rond-point du Général-Wood-et-du-Commandant-West, le long du quai Saint-Dominique. Voulu par un « Comité du monument d’Édouard Herriot » déclaré en décembre 1960, il a été inauguré en 1969 en présence d’Edgar Faure.
Lieux portant son nom
À Lyon
- Hôpital Édouard-Herriot, ancien hôpital de Grange-Blanche (nom donné le 20 mai 1935, du vivant du maire)
- Rue du Président-Édouard-Herriot (1957)
- Port Édouard-Herriot
- Lycée Édouard-Herriot
- Salle Édouard-Herriot du Palais de la Mutualité, salle municipale de spectacles et de réunions, place Antonin-Jutard
Dans l’Aube
- Troyes : avenue Édouard-Herriot et square Édouard-Herriot
- Sainte-Savine : lycée Édouard-Herriot
- Saint-Pouange, où il passa une partie de son enfance chez un oncle curé : rue Édouard-Herriot
Dans l’agglomération lyonnaise et le Rhône
- Avenue : Bron, Décines-Charpieu, Limas, Tarare, Villefranche-sur-Saône
- Boulevard : Saint-Priest
- Rue du Président-Édouard-Herriot : Oullins-Pierre-Bénite, Vénissieux
Ailleurs en France
Plusieurs centaines de voies et places portent son nom. Par type de voie :
- Place : Paris (7e, place du Président-Édouard-Herriot), Aix-les-Bains, Arnay-le-Duc, Bassens, Le Kremlin-Bicêtre, Luçon, Saint-Baudille-de-la-Tour (où se trouve Brotel, la maison forte de son épouse, où il fut assigné à résidence en 1942), Sète, Tonneins, Vailly-sur-Aisne, Villenave-d’Ornon
- Square : Rennes (près du boulevard Oscar-Leroux), Gelos
- Avenue : Vannes, Agen, Albi, Arles, Brioude, Brive-la-Gaillarde, Bures-sur-Yvette, Cahors, Canet-en-Roussillon, Castanet-Tolosan, Caussade, Cavaillon, Chalon-sur-Saône, Champagnole, Châtellerault, Châtillon-sur-Seine, Cournon-d’Auvergne, Fresnes, Le Plessis-Robinson, Mâcon, Montmélian, Pontivy, Saint-Rémy-de-Provence, Toulon, Voiron
- Boulevard : Lorient, Marseille (8e), Nice, Argelès-sur-Mer, Béziers, Bourg-en-Bresse, Graulhet, Hyères, Martigues, Montauban, Pau, Saint-Brieuc, Saint-Raphaël, Saint-Victoret, Viriat
- Promenade : Albertville, Les Sables-d’Olonne
- Cours : Barentin
- Allée : Le Palais-sur-Vienne, Nangis
- Impasse : Toulouse, Argelès-sur-Mer, Caussade, Le Bono, Pont-Audemer, Riorges, Saint-Pierre-d’Oléron, Salses-le-Château et, outre-mer, Le Port (La Réunion)
- Rue (ou rue du Président-Édouard-Herriot) : notamment Lille, Nantes, Reims, Saint-Étienne, Le Havre, Le Mans, Limoges, Besançon, Avignon, Aix-en-Provence, Alençon, Belfort, Boulogne-sur-Mer, Cambrai, Castres, Châteauroux, Compiègne, Montluçon, Narbonne, Niort, Saint-Quentin, Sélestat, Talence et une cinquantaine d’autres communes
À l’étranger
- Francfort-sur-le-Main (Allemagne), ville jumelée avec Lyon : Herriotstraße, dans l’ancienne cité de bureaux de Niederrad, aujourd’hui « Lyoner Quartier »
Vous connaissez un autre lieu qui porte son nom hors de France ? Écrivez-nous.




Historiographie
La biographie de référence reste celle de Serge Berstein, Édouard Herriot ou la République en personne (1985). Trois thèses récentes l’ont renouvelée : Jérôme Henning sur le radicalisme d’Herriot et la crise des institutions (Aix-Marseille, 2017), Bertrand Silvestre sur l’éducation populaire à Lyon (Lyon 2, 2017) et Yann Sambuis sur Herriot et les forces politiques lyonnaises (Lyon 2, 2021). Le colloque de Lyon d’octobre 2018, publié en 2020 sous la direction de Bruno Benoit (Édouard Herriot en quatre portraits), en offre la synthèse la plus complète. Voir la bibliographie.